Opérations

3. LES INTERFACES DE LA SEMANTIQUE LINGUISTIQUE

Responsable : NICOLAS

Participants :

Maxime AMBLARD
Pascal AMSILI
Emmanuel BELLENGIER
Claire BEYSSADE
Olivier BONAMI
joan BUSQUETS
Richard CARTER
Patrick CAUDAL
Francis CORBLIN
Martine CORNUEJOLS
Viviane DEPREZ
Carmen DOBROVIE-SORIN
Paul EGRE
Danièle GODARD
Patrick HENRY
Brenda LACA
Alda MARI
Renaud MARLET
Ora MATUSHANSKY
David NICOLAS
Laurent PRéVOT
Christian RETORE
Laurent ROUSSARIE
Gabriel SANDU
Philippe SCHLENKER
Benjamin SPECTOR
Lucia TOVENA
Laure VIEU
Evangelia VLACHOU
Richard ZUBER


Thème de recherche:

La question des interfaces de la sémantique linguistique est double :
- interne : relations aux sous domaines des formes linguistiques : syntaxe, phonologie, morphologie, lexique
- externe : relation aux disciplines connexes : philosophie du langage, psychologie.

3.1. Les interfaces internes de la sémantique
1. Phonologie / Sémantique.
Un certain nombre de travaux menés par des membres du groupe dans le cadre du PICS "Sémantique formelle et donnée du français" montrent que de très intéressantes questions d'interface se posent pour traiter de l'articulation entre focus et topic par exemple. Ces questions sont à relier à la deuxième opération thématique du présent projet.

2. Syntaxe / Sémantique.
Aucune réponse simple aux questions d'interface ne fait aujourd'hui l'unanimité. L'idéal de compositionnalité à la Montague, comme il a été très justement observé, n'a de contenu méthodologique que si des critères externes à la sémantique permettent de justifier les structures syntaxiques postulées. En simplifiant, on peut dire que beaucoup de travaux de sémantique très élaborés admettent une syntaxe que les syntacticiens trouvent simpliste ou non-motivée. A l'opposé, les spécialistes de sémantique sont frappés de la manière parfois approximative ou inattendue dont les considérations sémantiques viennent justifier des contraintes syntaxiques. Cette opération aura pour objectif central de confronter des analyses de données par différentes théories en discutant la manière dont la syntaxe est mise en relation à une sémantique dans la modélisation proposée. La confrontation devrait ici permettre d'éclairer les relations entre les approches génératives et les approches en terme de contraintes.

3. Sémantique lexicale et sémantique compositionnelle
Bien que la sémantique lexicale et la sémantique compositionnelle soient clairement destinées à être intimement reliées, les deux champs apparaissent souvent comme opposés, tant par leurs objectifs que par leurs méthodes d'analyse. En particulier, l'impératif de formalisation, qui joue un rôle central en sémantique compositionnelle, a longtemps été laissé de côté en sémantique lexicale. Il est important de dépasser cette différence, assise sur une opposition lexical/grammatical assez fragile. La mise en relation de ces domaines concerne en particulier deux questions très actuelles, sur lesquelles il est nécessaire de faire le point, en évaluant aussi précisément que possible les solutions proposées : - Le traitement de l'aspect : celui-ci nécessite à la fois la prise en compte d'informations concernant les lexèmes (verbes), les compléments et les modifieurs, et des scénarios contextuels, par exemple dans le cas des événements dits "négatifs" (Bonami, Verkuyl, etc.). - La composition sémantique impliquant des unités polysémiques : les procédures qui permettent de choisir les sens mutuellement compatibles sont largement discutées dans le cadre du lexique dit "génératif" (Copestake & Briscoe, Godard, Jayez, Pustejovsky).

3.2. Les interfaces externes de la sémantique linguistique.
Linguistique, psychologie, et philosophie du langage apportent des éclairages différents, parfois non explicitement reliés entre eux, sur les faits de langage. Dans cette opération, qui associera des linguistes, des psychologues et des philosophes, on s'efforcera de confronter des points de vue et des modes de raisonnement sur quelques-uns des thèmes sur lesquels l'une ou l'autre discipline apporte des lumières contrastées ou antagonistes.

Psychologie et linguistique
La psychologie étudie la cognition humaine, notamment la perception, l'action, le développement conceptuel et l'acquisition du langage. Les découvertes en psychologie peuvent-elles contraindre la sémantique linguistique ? Si la réponse semble positive en droit, comment peut-elle s'organiser en pratique ? Plusieurs sujets seront ici importants à examiner :
- Quels sont les rapports entre les catégories conceptuelles et les catégories sémantiques ? (D.Andler, D.Bassano, D.Carter, R.Casati, D.Nicolas)
Le monde dont nous faisons l'expérience est peuplé de multiples types d'entité qui se divisent en grandes catégories : objets matériels, substances, événements, propriétés, relations, ... Parmi ces catégories, lesquelles sont utiles pour la sémantique ? Comment émerge la différence entre nom et verbe (Bassano 2000) ? Et si l'on se concentre, par exemple, sur les noms, dans quelle mesure la morphologie, la syntaxe et la sémantique des expressions nominales dépendent-elles de ce à quoi ces expressions renvoient et comment nous le conceptualisons ? Les noms 'abstraits', on le sait, ont été peu étudiés par rapport aux noms 'concrets' -aux noms qui renvoient à des entités matérielles. Ont-ils le même fonctionnement sémantique, notamment pour ce qui est de la quantification et la détermination ? La morphosyntaxe des termes dérivés justifie-t-elle un traitement sémantique spécifique de ces termes ?
- Etant donné ce que nous savons et ce dont nous pouvons faire l'hypothèse concernant l'utilisation et l'acquisition du langage, que pouvons-nous conclure concernant la sémantique elle-même ? (D.Andler, D.Bassano, D.Carter, T.Nazzi, D.Nicolas)?
A côté de l'hypothèse d'une grammaire universelle, quelles sont ici les grandes options théoriques, et quelles conséquences doivent-elles avoir sur la théorie et la pratique du sémanticien ? Notamment, que pourrait être une sémantique " de la performance ", i.e. une sémantique qui placerait l'utilisation effective du langage au centre de ses préoccupations ?
Le GDR cherchera ici à créer les liens de recherche et à ouvrir des débats entre linguistes, philosophes et psychologues. Parmi ceux que nous savons intéressés par ce thème et dont la collaboration devrait être recherchée: G.Chierchia, C.Meini, J.Gropen, B.Gillon, M.Hackl.

Philosophie du langage et linguistique
La philosophie du langage a apporté des éclairages importants sur un certain nombre de faits de langage, notamment concernant les méta-représentations, et la nature de la signification linguistique. Comment les prendre en compte dans les théories sémantiques ?
- Quelle est la nature des méta-représentations ?
(P. Ludwig, F. Récanati, P. Schlenker)
Les opérateurs méta-représentationnels comme "Paul croit que" ont une particularité logique troublante qui empêche de les mettre sur le même plan que les opérateurs modaux ou temporels : ils sont hyper-intensionnels, de sorte qu'on ne peut remplacer, dans la phrase enchâssée, une expression par une autre, fussent-elles synonymes, sans risquer de modifier la valeur de vérité de la phrase globale. Une voie de recherche ici est d'admettre l'existence d'opérateurs sensibles à d'autres propriétés que le seul contenu sémantique des phrases enchâssées (Ludwig, Schlenker), par exemple dans l'emploi d'indexicaux non transposés dans le style indirect libre. Une autre voie, poursuivie par exemple par Récanati, consiste à élaborer une nouvelle théorie des situations. L'idée centrale est ici que les énoncés font référence à une situation et expriment une proposition présentée comme vraie de cette situation. Dans tous les cas, des révisions majeures sont apportées aux présupposés de base de la sémantique, dont il s'agit de cerner toutes les conséquences.
- La signification linguistique (D. Carter, A. Mari, D. Nicolas, F. Récanati).
Qu'est-ce que le sens d'une unité linguistique ? Quel est le rapport entre ce sens et les emplois constatés de l'unité ? Comment différencier ambiguïté (polysémie et homonymie notamment) et généralité de sens ?
Ces questions ont bien évidemment des répercussions cruciales sur les théories et les modèles sémantiques (conditions de vérité, états d'information).
Elles en ont également sur la structuration du lexique. Considérons par exemple le phénomène des " conversions " -l'utilisation d'un mot d'une certaines classe morphosyntaxique comme s'il s'agit d'un mot d'une autre classe (nom/verbe, nom commun/nom propre, nom comptable/nom massif, ...). Le caractère très courant de ce phénomène implique-t-il une remise en cause de l'inventaire des classes morpho-syntaxiques ? Selon quels critères précis doit-on donc identifier celles-ci et quelles propriétés doit-on attribuer aux expressions dans le lexique ?