Opérations

2. LES MODELES à L'EPREUVE DES DONNEES

Responsable : JAYEZ

Participants :

Pascal AMSILI
Claire BEYSSADE
Olivier BONAMI
Myriam BRAS
Richard CARTER
Patrick CAUDAL
Francis CORBLIN
Viviane DEPREZ
Carmen DOBROVIE-SORIN
Brenda LACA
Alda MARI
Renaud MARLET
David NICOLAS
Gabriel SANDU
Philippe SCHLENKER
Lucia TOVENA
Richard ZUBER


Thème de recherche:

L'objectif de cette opération est de faire porter spécifiquement la réflexion sur la manière d'intégrer dans des modèles explicites les niveaux de structuration de la signification qui échappent aux traitements vériconditionnels classiques ou ne sont pas distingués à ce niveau. Les compétences représentées dans ce projet et les thématiques faisant l'objet de discussions et d'avancées dans la période récente conduisent à privilégier les contenus suivants :
- Modélisation des faits de discours De nombreux chercheurs associés au projet sont concernés par la prise en compte du niveau discursif : sur les connecteurs (J. Jayez, C. Rossari, A. Mari), la subordination modale et la relativisation (F. Corblin), le traitement des informations aspectuo-temporelles (groupe de Toulouse, P. Caudal), les grammaires du discours (C. Gardent), le dialogue homme/machine (groupe du Loria). Les travaux de ce groupe devraient accorder une place toute particulière aux approches récentes du dialogue qui avancent des propositions très stimulantes pour renouveler les cadres de l'analyse sémantique (notamment les travaux de J. Ginzburg et Asher) et à l'utilisation en sémantique des systèmes multi-agents (C. Beyssade). On pourra dans cette perspective dialogique se consacrer tout particulièrement à essayer de faire le point sur la sémantique des formes linguistiques non assertives, questions ordres.
- Variables et quantificateurs linguistiques Le modèle de la quantification, surtout dans sa version "généralisée" depuis Lewis, Barwise et Cooper, est un des instruments les plus féconds de la sémantique moderne permettant de "réduire" les opérations sémantiques à un très petit nombre de primitives qui traversent les catégories ontologiques immédiates (individus, événements, mondes possibles). Un premier objectif serait de discuter la profondeur des homologies postulées. A la suite des travaux de Vendler dans les années soixante-dix, l'ontologie sémantique de base s'est considérablement étoffée. Deux foyers de débat se dégagent aujourd'hui :
- D'une part, le statut ontologique des types sémantiques utilisés : sont-ils le reflet intuitif de distributions linguistiques objectives ou sont-ils le reflet de catégories cognitives et culturelles indépendantes de leur manifestation linguistique ?
- D'autre part, la question de la polysémie : lorsque les items lexicaux ont différents emplois, comment coexistent les types associés à ces emplois ? A-t-on une simple disjonction de types, des relations systématiques, des relations locales, des conflits, etc. ? Les divers traitements de la polysémie doivent être évalués par rapport aux techniques utilisées (sous-spécification, représentation des analogies, etc.) et aussi par rapport à leur pouvoir prédictif (voir Godard & Jayez, Mari). On notera que ces problèmes sont naturellement liés à ceux qui concernent la compositionnalité (voir, ci-dessous , opération 1). Certains chercheurs du groupe ont développé des hypothèses sur les similitudes de ces catégories, d'autres travaillent dans des domaines où des hypothèses d'uniformité existent qu'ils seront en mesure d'évaluer sérieusement. On pense à cet égard aux thèses de P. Schlenker sur l'homologie des domaines des individus, des temps et des mondes possibles, et aux travaux sur les fonctionnements anaphoriques (temporels/pronominaux) et sur les pluriels, les termes de masse, et les processus. Mais la quantification est-elle une modélisation généralisable, même pour une catégorie syntaxique comme le groupe nominal ? Y a-t-il, par exemple, des GNs non quantificationnels dans les langues naturelles ? Les sémantiques dynamiques (Kamp (1981), Heim (1982)) trouvent à l'origine leur justification dans l'impossibilité de traiter certains faits de langue au moyen du cadre fourni par la quantification restreinte aux quantificateurs de la logique du premier ordre. Une fois généralisée, la quantification laisse peu de catégories auxquelles il serait possible de montrer qu'elle ne peut pas s'appliquer. Mais il y a cependant des termes comme les termes de degré (beaucoup, peu) que certains textes fondateurs écartent d'emblée (Keenan et Stavi 1986), que d'autres discutent Partee (1988), et que d'autres enfin réintègrent sur un mode qui revient à les vider de tout contenu quantificationnel spécifié. Dans la mesure où par ailleurs ce sont sur ces termes que se fondent des approches "pragmatiques" comme celle de Ducrot et Anscombre, il convient de leur accorder une importance toute particulière dans les travaux du groupe. Il sera aussi très utile de reconsidérer les catégories linguistiques traditionnelles du défini et de l'indéfini à la lumière de cette question de la généralisation du modèle de la quantification.
Comment enfin modéliser les distinctions que les langues naturelles imposent sur ces catégories fondamentales ? Une première série de questions est relative à la réalisation lexicale des variables quantifiées. La littérature moderne sur les termes de polarité, inaugurée par Fauconnier et Ladusaw dans les années 1980, semble être une partie d'un problème plus général, relatif aux distinctions qu'une langue impose sur la réalisation de variables dépendantes d'un quantificateur. Beaucoup de membres du GDR demandé ont contribué à cette discussion : Godard, Jayez et Tovena sur les free-choice items, Deprez, Corblin et Tovena sur la concordance négative, Comorovski sur les mots WH et sur le problème des proportions. Le GDR pourrait être le lieu de rassembler ces approches et de déboucher sur une problématique plus générale concernant la réalisation lexicale des variables dans la portée des formes analysables comme quantificateurs. Sur ce point, le recours à la diachronie et aux banques de données informatisées pourrait être d'un grand secours.